Histoire d’une « société savante »

Depuis 109 ans qu’elle existe, la Société des Amis du Vieux Chinon n’a connu jusqu’à ce jour que onze onze président(e)s :
– Eugène Faucillon, médecin (1905-1908),
– James Picot, architecte municipal (1908-1913),
– Eugène Meschin, avocat (1913-1918),
– Joseph Fougerat, conservateur des hypothèques (1918-1921),
puis sont arrivés :
– Justin Richard, qui a occupé les fonctions pendant 14 ans (1921-1935),
– André Boucher, pendant 41 ans (1935-1976),
– Raymond Mauny, pendant 10 ans (1976-1986),
– Michel Garcia pendant 18 ans (1986-2006),
– Martine Humbert-Pelletier (2006-2007)
– Geneviève Laurent (2007-2008),
– et enfin Frédéric de Foucaud (2008- ?) pour une durée non encore déterminée…
C’est au cours de la présidence de ce dernier, à l’issue de  « cent neuf » années d’existence que la Société a décidé de faire « sang neuf » en changeant de nom pour devenir « Société d’Histoire de Chinon Vienne & Loire« . Cette décision est intervenue par Assemblée Générale Extraordinaire en date du 14 décembre 2013.

Les Présidents de la Société se sont toujours, au fil du temps, appuyés sur des équipes (Bureau et Conseil d’Administration) constamment renouvelées, soit que certains de leurs membres se sont retirés, soit qu’ils ont été appelés à couvrir des postes de responsabilité devenus vacants. Parmi les membres du Bureau, on trouve ainsi des cas de longévité remarquables, comme celui des Trésoriers Bouchet-Roullet ou Paul Langlois, du Vice-Président René Baugin, de Justin Richard qui fut longtemps Vice-Président avant de devenir Président, de son fils James C. Richard, qui occupa des postes de responsabilité dès son retour au pays en 1944 jusqu’à sa mort en 1972, enfin Raymond Mauny, dont le nom apparaît pour la première fois en 1947 et qui se retirera en 1987.

En 1965, à l’occasion des 60 ans de la Société, James Richard relate les circonstances de la fondation de la Société, à laquelle il avait été étroitement associé par son père, témoin et acteur de l’événement. Le récit est sans doute quelque peu romancé, mais il nous transmet l’essentiel des faits et propos : « La première étincelle jaillit un soir de l’hiver 1904, à l’issue d’une réunion de caractère corporatif. Dans une des salles de notre Hôtel de Ville, autour de plusieurs Conseillers Municipaux, deux architectes, une majorité d’entrepreneurs et plusieurs fonctionnaires de la Ville étaient rassemblés. Avant de séparer, les assistants échangeaient les propos les plus divers, dont l’un, cependant, émergeant de cette confusion, rallia l’attention de l’assemblée. Son auteur déplorait l’inconscience et, souvent, l’indifférence avec laquelle étaient considérées tant de vieilles choses, témoins du passé local et, plus tristement encore, tant de ces édifices, exemples émouvants de l’architecture d’autrefois. »
L’idée naquit d’organiser une exposition « de ces reliques » dans le but « d’éveiller, parmi les Chinonais, l’amour de notre grandeur passée. »

Une Association ne se réduit pas à ses administrateurs, pour important que soit le rôle de ceux-ci, mais doit surtout pouvoir compter sur des adhérents. Au nombre approximatif de 200 lors de la création (145 titulaires et une cinquantaine d’associés), les adhésions atteindront progressivement le nombre de 320, autour duquel elles se maintiennent depuis. Le chiffre est conséquent, compte tenu du nombre relativement faible de la population concernée : un arrondissement dépourvu de grande agglomération et essentiellement rural.

La composition de l’Assemblée a considérablement évolué au cours des années. Initialement composée au début du XXe siècle d’un grand nombre de notables, élus nationaux et locaux, ou hommes de lettres parfois prestigieux, il semble que le public concerné se soit profondément démocratisé.
Une vraie constante cependant : le faible intérêt relatif de la population locale, comparé à l’attachement que manifestent des personnes qui ont dû s’expatrier. Les propos sévères tenus par A. Boucher en 1952 sont en partie encore d’actualité : « En lisant attentivement cette liste de plus de 300 membres…, on est un peu surpris de constater que plus de la moitié habitent en dehors de Chinon et quelques-uns dans des régions très éloignées […] Nous pouvons regretter que le nombre des Chinonais résidents ne soit pas plus nombreux. Beaucoup trop de nos compatriotes semblent ainsi portés à négliger nos travaux et à sous-estimer l’importance de notre groupement dans la vie de la cité. »

Les premiers statuts sont conformes au type imposé par la loi alors récente de 1901. Ils seront modifiés en 1915 pour s’adapter aux exigences de la déclaration d’Utilité Publique, afin de permettre à la Société de recevoir des dons et des legs. Puis entre 1920, date à laquelle une légère modification sera apportée, et 1986, ils ne subiront pour seule modification que la création en 1980 du statut de membres associés. En 1987, puis en 2008, un toilettage complet sera réalisé, afin de les adapter à une réalité ayant beaucoup changé en un siècle. Enfin, en 2010, avec la fusion par absorption de la Société « Connaissance de Jeanne d’Arc« , une nouvelle modification repensera la répartition des missions et fonctions des membres du Bureau, afin de rendre la Société plus opérationnelle en matière d’activités et d’objectifs.

Ainsi son But est-il désormais défini en leur Article 1 de la façon suivante :
« 1° :  grouper ceux qui s’intéressent à l’histoire de Chinon et de tous les cantons qui l’entourent ;
2° :  développer le goût des études historiques, éventuellement en lien, partenariat ou fusion avec toute autre association ayant un objet proche ou similaire. »
en ayant recours aux moyens d’action définis à l’article 2 :
« 1° : la gestion, éventuellement déléguée en tout ou partie, de fonds patrimoniaux appartenant à la Société (collections d’objets et de curiosités, archives, bibliothèque et fonds iconographiques), ainsi que la diffusion de l’histoire et de la culture, locale ou non, par tous moyens et sur tous supports connus ou encore inconnus à ce jour  ;
2° : la publication d’un Bulletin annuel, d’ouvrages et de recueils de ses travaux ;
3° : l’organisation de conférences, d’expositions, et de toutes formes d’activités de découverte du patrimoine, notamment par le biais d’excursions. »

Depuis la fusion avec « Connaissance de Jeanne d’Arc » survenue à l’initiative de Frédéric de Foucaud alors président des deux sociétés, son fonds muséographique regroupe désormais plus de 3.000 pièces, fruits de dons de membres ou d’achats des deux associations. Ces collections retracent l’histoire du chinonais, de la Préhistoire au XXe siècle, et couvrent les champs de l’art, de l’archéologie régionale et de l’ethnographie locale.
Quand bien même elles sont exposées pour une part au Musée d’Art et d’Histoire-Le Carroi (Chinon) où elles ont été mises en dépôt par une Convention en date du 24 décembre 2008, pour une autre part à la Forteresse Royale où elles ont été remises au Conseil Général d’Indre-et-Loire par une Convention en date du 2 août 2010, et pour une autre part encore au château du Rivau où elles ont été confiées à Éric & Patricia Laigneau par une Convention en date du mois d’avril 2011, ces collections n’en demeurent pas moins l’entière et unique propriété de la Société.

L’Association veille ainsi à la conservation de son fonds, qu’elle prête aux niveaux régional ou national. Elle édite un bulletin annuel, des Hors Série, des monographies, divers ouvrages concernant l’arrondissement de Chinon, et aide à la publication d’autres. Elle organise des conférences et des excursions et encourage les actions pédagogiques autour de ses collections.

Sa bibliothèque spécialisée comporte près de 5.000 ouvrages et plus de 2.000 publications, mais aussi des plans, cartes, lithographies, photographies, cartes postales, tableaux, etc., concernant la Touraine et l’Indre-et-Loire. Elle est ouverte à tous les membres, étudiants et chercheurs.

Ainsi, en devenant au quotidien partie prenante de la vie de leur territoire pour mieux en colporter la mémoire, les quelques milliers de membres ayant incarné au fil du temps les « Amis du Vieux Chinon » puis la « Société d’Histoire de Chinon Vienne & Loire », ont-ils permis le rayonnement de l’Histoire chinonaise et de sa Culture .